Trois mois de vacances offertes en plus par an, ça vous dirait?

Une des choses qui rend les réseaux sociaux si séduisants, c’est l’illusion que nous avons le temps. C’est cette idée que ça ne nous coûte presque rien de “doomscroller” ces flux de contenus qui sont, pour l’essentiel, juste un peu de temps perdu.

C’est une illusion encore plus forte quand on est jeune et que, en théorie du moins, on a la vie devant soi. Mais ça reste une illusion. Une illusion qui ne concerne pas que les plus jeunes, loin de là.

Le jour où, déjà plus tout jeune, j’ai pris conscience de cette illusion, et la quantité encore plus énorme de temps perdu à cause d’elle, j’ai quitté tous les réseaux sociaux, d’un coup. Pas de grande déclaration, ni d’adieux larmoyants (peut-être j’aurais du?), pas de drame non plus. Je me suis déconnecté sans même prendre le temps de dire au revoir, comme on retire vivement sa main d’une flamme après s’y être brûlé le bout des doigts, en se promettant qu’on ne nous y reprendra plus.

C’était il y a 10 ans de ça, à peu près hein. Et je n’y suis jamais retourné.

Vous me direz que j’exagère, que les réseaux c’est pas si nul que ça et q’uil n’y a pas de problème à doomscroller un peu chaque jour dessus. Et puis, même si on décide un jour, demain, que c’est vraiment pas bon on pourra toujours arrêter. Demain.

Mon père et ma mère aussi parlaient comme ça, d’arrêter demain, sauf que eux ils parlaient d’arrêter de fumer la cigarette. Le cancer leur a prouvé, à l’un comme à l’autre, que “demain” c’est souvent trop tard.

OK, les réseaux sociaux ça ne donne pas encore le cancer — on reste en droit de se poser la question de leur toxicité réelle, quand on voit la rapidité avec laquelle nos relations interpersonnelles se sont délabrées en même temps que nous devenions si complètement dépendants desdits réseaux sociaux. Mais, bon, même si on admet que c’est vraiment pas bon ce n’est jamais que quelques heures par jour, non?

Combien d’heures, en fait ? La réponse sera différente pour chacun de nous. Mais on a des moyennes nationales. En cherchant, j’en ai trouvé plusieurs, dont :

En moyenne , les Français de 11 ans et plus ont ainsi passé 3h25 par jour sur Internet (en septembre 2026).
Médiamétrie, sur la durée d’utilisation moyenne d’Internet pour ce mois septembre 2026, en France.

Bon, c’est très vague (3h25 à faire quoi ? Bosser ou à regarder du porno ?) et c’est sur un seul mois (et pas le plus normal non plus, celui de la rentrée) et c’est médiamétrie qui s’intéresse surtout au temps d’exposition potentiel aux publicités. Bref, en cherchant à peine plus, un autre chiffre concerne cette fois l’année 2025 tout entière et, plus intéressant encore, il nous donne un chiffre pour une utilisation des écrans hors travail et hors école, c’est ici :

72 % déclarent passer plus de 2 heures par jour devant un écran pour un usage personnel (hors travail/école).

Et dans ce groupe de gens,

25 % déclarent passer plus de 5h par jour

5h par jour pour les 25% les plus… honnêtes? Mais qui suis-je pour affirmer que nous ne serions pas toujours 100 % honnêtes quand nous répondons à un sondage? Je ne vais donc pas permettre à mes préjugés de peser sur la balance et vais m’en tenir aux 2h déclarées par 72 % des personnes sondées. 2h hors travail ou école, donc.

Deux heures, c’est beaucoup de temps, ou pas beaucoup?

2h par jour, c’est par exemple un très long déjeuner d’affaire, ou c’est le temps pour regarder un bon film. Deux heures par jour, ça fait aussi :

Mais attention, les chiffres ce sont des petits vicieux ! Ca vous aura peut-être échappé, mais ici on parle d’heures continues d’écran, sans aucune interruption. C’est donc 30 jours passés 24/24h devant un écran, sans boire, sans manger, sans dormir, sans même aller faire pipi une fois de temps en temps. Trente jours comme ça, c’est long.

Une fois ramené à un horaire presque raisonnable, disons 8h par jour, comme une semaine de boulot à 40h, on arrive à plus de 90 jours. Par an.

Chaque année, plus de trois mois (90 jours, hors WE) sont utilisés à regarder un écran hors boulot et hors école et donc, j’imagine, majoritairement passés à regarder du contenu sur les réseaux sociaux.

Par comparaison, vous avez combien de vacances par an ?

Et ce sont trois mois jetés par la fenêtre en consommant seulement 2h d’écran par jour. Je laisse chacun et chacune faire le calcul selon son usage personnel réel.

Le contenu des réseaux sociaux est-il à ce point remarquable qu’on lui sacrifie trois mois de notre vie, chaque année? Là aussi, à chacun de répondre à cette question.


Pour en revenir avec ce que je disais au début, penser qu’on a le temps est une illusion coûteuse.

C’est aussi une illusion qui est en parfait accord avec notre société qui s’obstine à vivre dans un éternel présent. Trop terrifiée pour oser regarder son avenir en face, et pour s’y préparer, et tout autant incapable de regarder son passé en face, sans faire une crise d’épilepsie ou, tel(le) un petit bébé, se faire dessus et souiller ses couches.

Cette illusion d’un présent éternel est soigneusement entretenue par les entreprises propriétaires des réseaux sociaux qui, elles, savent ce que valent nos « deux petites heures » gaspillées chaque jour à regarder des conneries sur Twitter, YouTbe, TikTok ou Meta : une fortune.

Illustration

Published: 2026 Oct 31

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