Par pur accident, sans rire: j’ai cliqué sur le mauvais lien, je suis tombé sur un article de « France Info : Culture », à propos de cette affaire de plagiat et d’usage de l’IA dans un certain roman à succès qui était en route pour remporter un fort joli prix littéraire. Une affaire qui ébranle le petit monde de l’édition francophone et qui ébranle avec lui le petit monde politique et militant qui s’était fédéré autour du livre et de son auteur.
Je n’ai rien à dire sur le fond de l’affaire, mon opinion sur l’usage de l’IA n’est pas un secret mais il est hors de question de lyncher ni l’auteur mis en question ni le lanceur d’alerte.
Ce qui motive mon billet ce n’est donc pas le sujet de cet article. C’est mon erreur, celle d’avoir lu les commentaires accompagnant cet article : Qui est Samuel Fitoussi, derrière le compte “Balance ton Claude”, qui accuse Thélyson Orélien d’avoir utilisé l’IA pour écrire son roman ?
Qu’en dire ? D’abord, qu’il y en a 275 au moment où j’écris mon billet.
Ensuite, que dans leur majorité ils n’expriment (quasiment) aucune interrogation, aucune surprise, aucun doute, aucun désir de comprendre et encore moins de réfléchir à ce que cette information signifierait si elle se révélait exacte. Ou encore à ce qu’elle signifierait siù* la dénonciation s’avérait montée de toute pièce.
Dans leur majorité, ces commentaires disent, pardon, vomissent la haine de l’autre camp. OK, je dois aussi préciser que, de ce que j’ai lu, c’était surtout la haine à l’encontre du chroniqueur qui a dénoncé le romancier. Mais peu importe sa direction, la haine n’est pas plus séduisante en chemise brune qu’en chemise rouge, ou verte. Et elle est toujours aussi mortifère.
Au début, j’ai pensé qu’une poignée d’abruti(e)s s’exprimaient bruyamment. Rien de dramatique, et rien de nouveau. Mais plus j’en lisais, plus cette poignée croissait devenant presque une foule. Au point que, brièvement, je me suis pris à espérer que tous et toutes n’étaient en réalité que des bots mal programmés.
Malheureusement, s’il y avait bien des bots dans le tas, il y avait aussi assez de maladresses et d’approximations dans l’expression fière de leur bêtise hargneuse pour laisser peu de doute quant à leur humanité. En sommes-nous vraiment réduits à ça ?
J’ai refermé la page, me promettant de faire plus attention sur les liens que je cliquerai la prochaine fois. Et, en repensant à ce triste étalage, je ne peux pas m’empêcher de penser que l’Éducation Nationale n’est pas en train d’échouer à éduquer les jeunes générations, que le niveau des élèves n’est pas en train de s’effondrer, en France. C’est déjà fait, et elle a cessé de faire son job depuis un bon moment: on a là un exemple de ce que cela coûte à la société dans son ensemble de laisser tant d’esprits en jachère durant leur scolarité, au lieu de les éduquer et des les aider à devenir des adultes. Et des citoyens.
Oui, je sais: oser écrire ce genre de choses me range dans les rangs des méchants, au même titre ce chroniqueur mal embouché. Et probablement démontre que je suis un snobinard élitiste et méprisant. Soit.
Mon grand-père, qui était ouvrier, et un ancien prisonnier de guerre, n’a jamais prononcé d’insultes en ma présence. Il n’a jamais non plus exprimé la moindre haine envers les Nazis qui l’ont capturé en 1940 et qui l’ont tant fait souffrir toutes ses années de captivité. Au contraire, à sa façon discrète et humaine, je pense qu’il a tout fait pour essayer de passer outre et pour recréer des liens, et aussi pour m’encourager, moi, un mioche ignorant, à mieux connaître cette culture qui n’était pas la nôtre. Me poussant à apprendre la langue et… l’apprenant en même temps que moi. Cela ferait quoi de lui, dans notre présent si catégorique sur ce qui est le bien et le mal et sur qui sont les gentils et les méchants ?
Si ça continue comme ça, je vais recommencer à déprimer. Allons, éteignons ce ouorldouaïdeoueb décidemment très bruyant et rouvrons l’un de nos vieux livres tout poussiéreux. N’importe lequel devrait faire l’affaire pour m’aider à retrouver foi en l’humanité.

Published: 2026 Sep 27