Des cerisiers en fleurs et de ce qui tombe sur les trottoirs d’ici et d’ailleurs

Ce matin, dans les rues de Paris, j’ai remarqué des cerisiers en fleurs. Si tôt en mars, ça m’a assez étonné pour que je le remarque.

Ai-je oublié de poster l’obligatoire photo d’un cerisier en fleurs, ou suis-je à ce point mesquin que je veuille garder pour moi seul ce moment de pure beauté ?

D’abord, il y a le fait que de nombreux pétales étaient déjà tombés au sol. Sur le macadam humide des trottoirs ils faisaient une bouillie grisâtre tout à l’opposé de l’idée brillamment colorée qu’on se fait d’un cerisier en fleurs. C’était même encore plus terne que ça sous ce ciel de plomb qui était si bas, ce matin, qu’il fallait presque baisser la tête pour ne pas s’y cogner. Alors, sachant ça, pourquoi gaspiller de la bande passante pour partager une photo de ces cerisiers-là tout humides, tristes et sans couleurs, quand nous pouvons facilement en imaginer de bien plus charmants, sous un beau ciel bleu et ensoleillé, sans avoir besoin de la béquille d’une photo ?

Et puis, surtout, j’avoue que je n’ai pas pensé à prendre une photo. Tout occupé que j’étais à m’étonner d’une chose aussi simple qu’elle était terrifiante.

Tandis que sur nos trottoirs parisiens ce sont ces précoces et fragiles pétales de cerisiers qui tombaient je songeais que ce sont des bombes qui tombent sur les trottoirs d’Iran, du Liban et d’Israël, et un peu partout dans la région. Des bombes, exactement comme celles qui continuent de tomber en Ukraine car, même si nos journalistes semblent incapables de parler de plus d’une guerre la fois, l’interminable guerre en Ukraine ne s’est pas interrompue et n’est pas moins cruelle.

Pourquoi cette nouvelle guerre ?

Je n’en sais pas plus que vous, peut-être même moins.

Peut-être, enivrés par l’idée qu’ils se font de leur propre puissance et de leur propre légitimité, les USA de monsieur Trump ne peuvent plus se retenir de violemment tenter de redéfinir l’ordre géopolitique international, à leur avantage bien entendu. Peut-être, véritables cow-boys, veulent-ils vraiment démarrer la troisième guerre mondiale, là encore espérant en tirer un avantage ? Mais non, personne ne serait assez stupide et abruti de soi pour imaginer que ce serait une bonne idée.

Tout ça se déroule sous le regard… impuissant… de l’ONU, qui a plus que jamais besoin d’une profonde remise en question, et sous le regard anxieux de ma petite partie du monde, l’UE, dont je veux penser qu’elle a encore un rôle à jouer. Dans un silence qui me semble bien plus inquiétant, venant de Chine. Mais peut-être je m’en fais pour rien, sachant que monsieur Trump doit bientôt leur rendre visite, ils ne veulent pas gâcher la bonne ambiance qui doit prévaloir quand on se prépare à recevoir un ami chez soi ?

Quoi qu’il en soit, les marchés financiers, ce indicateur exclusivement soucieux du bonheur des populations, ont également commencé à ‘pricer’, comme ils disent, l’impact sur l’économie mondiale de cette toute nouvelle guerre. Et cet indicateur n’annonce rien de bon. Moins que tout, le marché ne semble pas accorder beaucoup crédit aux viriles promesses de monsieur Trump et de son ministre des Armées, monsieur Hegseth, quant à une fin rapide (et victorieuse, bien entendu) de cette guerre.

Que cette guerre soit légitime ou pas, je ne verserai pas une larme sur la mort des mollahs et de leur leader qui, depuis près de 50 ans, ne rêvent que d’exterminer les Juifs et les Occidentaux, c’est-à-dire aussi un peu de m’exterminer moi. Mais toutes mes pensées vont aux personnes qui sont condamnées à (sur)vivre sous ces bombes. Qui peut dire où tomberont les prochaines?


J’espère que la mort des mollahs sera l’opportunité pour la population iranienne de reprendre en main la destinée de leur pays. Que ce sera l’occasion pour l’Iran de renouer, par-delà un demi-siècle de mensonges et d’amnésie forcée, avec cette civilisation multimillénaire dont elle fut à un moment le coeur battant et à qui l’humanité tout entière doit… Tout ou presque, en fait.

J’espère que l’Iran s’extirpera de l’ornière où elle s’est retrouvée enlisée depuis sa conversion à l’intégrisme qui, par sa haine du monde et des hommes, est un pourrissement de la religion elle-même, pour retrouver cette idée simple et pourtant imparable que c’est dans la reconnaissance de l’autre et de nos différences, pas dans le désir de son extermination, que les civilisations prospèrent. Au fond, une idée dont nous aurions tous et toutes grand besoin de nous souvenir.

Un peu comme ça ne nous ferait pas de mal d’oser bêtement nous émouvoir devant des cerisiers en fleurs, par un matin grisâtre.

Published: 2026 Mar 07

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