Pour planter le décor : je ne suis pas croyant. Pourtant, on trouve une Bible dans ma bibliothèque (plusieurs, dans différentes langues et dans différentes éditions), ainsi qu’un Coran et d’autres livres religieux. Je ne suis pas croyant mais j’ai été élevé par des curés et j’ai grandi en lisant la Bible. C’est un livre plus intéressant que les caricatures et les sarcasmes que certains apprécient faire à son sujet, surtout quand ils ne l’ont pas lu. Bref, le Nouveau Testament tout particulièrement, la Bible reste à mes yeux un texte fascinant et très… enrichissant, d’un point de vue humain. Peu importe que je ne sois pas croyant.
https://www.youtube.com/watch?v=c6-bSYkHKYI
Le passage que commente ici Dominique de Villepin, c’est celui de la femme adultère à deux doigts de se faire lapider par une foule en colère. Une foule méchante et bête comme un pied de table, manipulée par une poignée de personnes qui, se fichant probablement complètement de la femme adultère, cherchent surtout à piéger Jésus en lui demandant quoi faire avec cette femme. La réponse de jésus, je suppose qu’on la connaît tous: ‘que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre’. Mais le texte va bien au-delà de cette réponse qui est pourtant déjà si importante.
Du moins, ce texte va plus loin si l’on prend le temps de le lire attentivement et si l’on accepte de lui laisser sa chance. Ce que nous suggère de faire de Villepin.
L’attitude de Jésus durant cet incident, c’est quelque chose qui m’avait marqué, enfant, la première fois que j’avais dû lire ce passage. Comme quelques autres passages du Nouveau Testament et dans le reste de la Bible, d’ailleurs. Il me suggérait si pas un autre visage de Jésus, une autre façon de le regarder. Moins… bibliquement.
Un jésus qui hésite, qui réfléchi, et qui se tait comme s’il cherchait ses mots ou la bonne réponse, lui qui doit pourtant tout savoir. Ailleurs aussi dans le NT, on croise parfois ce Jésus qui doute, de Dieu mais aussi de lui-même, et du bien fondé des immenses souffrances qu’il sait devoir bientôt subir. Un jésus qui se met en colère, aussi. Et quelles colères. Un Jésus qui se montre injuste, aussi ? Je me souviens de ce passage qui m’avait interpellé alors, et qui m’interpelle toujours autant : je ne sais plus où, Jésus fait mourir un arbre, avec de smots très durs, car il ne portait pas de fruit alors que lui avait espéré pouvoir en cueillir un pour se désaltérer. Ca m’avait semblé d’une cruauté folle et si… incompatible avec le message du Christ. Ces passages-là, peu m’importent ces moments où Jésus réalise ses miracles, ces passages-là me donnaient à voir un Jésus tellement crédible, tellement réel. Un Chrétien dirait probalement que Dieu s’était fait chair en Jésus et je pourrais comprendre ça, car j’y… crois, non pas à Dieu mais à l’existence de ce Jésus historique. Bref.
Le commentaire de monsieur de Villepin dure neuf minutes. Que l’on soit croyant ou pas, que l’on apprécie l’homme politique ou pas, c’est intéressant de l’écouter.
Et voilà pourquoi ce texte nous rejoint aujourd’hui avec tant de force. Parce que nous visons à l’époque des pierres rapides: des pierres de mots, des pierres d’image, des pierres de réputation. On ’expose’ quelqu’un au milieu d’un fil d’actualité. On exige une position immédiate. On veut une condamnation propre nette, satisfaisante, définitive. Et ce récit nous dit: attention, la justice sans conscience devient violence et la vérité sans miséricorde devient écrasement. Si je devais résumer ce que ce texte, qui est en quelque sorte un bien commun de l’humanité, nous lègue pour 2026 ce serait ces quelques leçons: ne nous laissons pas enrôler par la foule. La foule est toujours pressée de juger. Refusons l’immédiateté du verdict. Le silence peut être un acte de résistance. Ne confondons pas la justice et l’humiliation. La justice relève; l’humiliation, elle, elle écrase. Ne nions pas la faute,mais ne réduisons jamais une personne à sa faute.
(Dominique de Villepin)
Sur sa chaîne YouTube, Il a commencé à régulièrement publier des commentaires sur tel ou tel texte et son auteur. Franchement, j’aimerais en voir plus comme ça.

Published: 2026 Feb 05