De l’importance de nos choix

Ma dernière contribution dans une discussion qui, sans surprise, dérive sur tout autre chose que le sujet de départ (plus d’IA dans Firefox) vers quelque chose de peut-être plus intéressant: que signifient nos choix, les plus simples et les plus quotidiens?

(Les passages que je cite sont de PatteBlanche, que vous retrouverez facilement en suivant le lien pour lire nos échanges)


C’est pas seulement ça : les services et activités sur internet en dehors des grosses boites ne sont pas seulement minoritaires, ils sont invisibilisés. Si un artisan dans ma rue ouvre un site web pour vendre ses produits sa page serra loin derrière amazon et compagnie dans ma recherche, même si les produits de l’artisan sont plus pertinent par rapport aux mots-clefs que j’ai entrés. Et par contre il serra beaucoup plus visible s’il se fait un compte Etsy…

Bien sûr, mais ça ne change pas la réalité de l’existence du site web de ton artisan … tant qu’il ne décidera pas que ça ne vaut pas la peine de dépenser de l’argent sur un site Web, du moins.

Tout ce que ça dit — en dehors de la paresse de l’utilisateur que nous devrions probablement nous décider à questionner — c’est que la majorité semble s’entendre à reconnaître la logique mercantile comme la seule valide. Une logique prédatrice qui tente de s’arroger le droit de décider de ce qui est vivant (légit/utile) de ce qui est mort (inutile) sur base d’une quantification arbitraire (pages vues, clics, SEO,…).

Une logique qui fait du Web, comme du reste de la planète d’ailleurs, une ressource à exploiter pour en tirer du profit.

Or, comme je le disais plus haut, de ce point de vue, ça revient à dire qu’aucune minorité n’est plus légitime… vu qu’elle est minoritaire en face d’une majorité. Quand allons-nous appliquer cette logique en dehors du Web, à l’encontre de groupes de personnes par exemple ? Ou c’est déjà commencé ?

En acceptant ce critère du succès (page vue, clics, nombre d’utilisateurs, etc.), tout comme en exigeant que les choses soient toujours plus simplifiées et prédigérées pour lui, l’utilisateur fait un choix et en même temps il valide la logique qui est derrière ce choix.

Par exemple, en utilisant des sites de rencontre qui vont nous ‘matcher’ à coups d’algorithmes avec le(s) bon(s) partenaire(s), on valide un système où rencontrer quelqu’un signifie rencontrer une personne qui est choisie pour nous par l’algorithme, pire encore, une personne qui doit répondre à certains critères physiques, sociaux et intellectuels (?) pour avoir une chance d’être ‘sélectionnée’. C’est un filtre terrible, qui exclut bien des rencontres possibles.

Ou encore, à l’école, quand on choisi de faire lire aux enfants la synthèse d’un classique ou, probablement pire, une version ‘simplifiée’ de ce classique au lieu d’exiger de l’enfant qu’il le lise par lui-même, il se passe quoi, en réalité? Sous couvert de simplifier la vie de l’enfant (‘c’est trop dur/trop long de lire Hugo, Zola, ou Flaubert’), on valide surtout le fait que ce jeune lecteur d’aujourd’hui n’est plus capable de lire un texte qui était jugé à la portée des jeunes lecteurs d’il y a quelques générations. La bonne question consiste alors à se demander pourquoi n’est-il plus capable de le lire ?

Une autre logique existe, comme un autre Web existe pour le moment encore.

Pour l’éducation, ce n’est pas un hasard si tant de familles qui en ont les moyens désertent l’enseignement public. Hélas, encore une fois, les vrais perdants sont ceux qui n’ont pas les moyens de choisir.

Même chose pour le Web.

Bref, le public fait un choix, toujours. Ce choix est de plus en plus vivement encouragé à aller dans une direction bien spécifique, mais ça reste son choix.

ça je suis bien d’accord, mais c’est peut-être plus proche qu’on ne le pense (voir la loi chat control pour l’UE par exemple).

Comme je disais dans mon tout premier message, c’est quelque chose qui ne me surprendrait pas si cela arrivait, et qui ne me surprendra pas : je m’y prépare comme je peux et, aussi, je deviens assez vieux et je suis en assez mauvaise santé, pour m’inquiéter sensiblement moins de mon petit avenir personnel.

Je suis plus inquiet pour les plus jeunes qui semblent tellement englués dans leur dépendance aux apps et algorithmes. Je ne vois pas comment ils vont pouvoir s’en détacher, sans… effort. Un très gros effort… que nous avons refusé de leur apprendre à faire. Au contraire, j’ai peur qu’ils refusent cet effort et acceptent cette nouvelle forme de servage numérique qui arrive.

Mais l’alternative est toujours là, à portée de clic, juste dehors de nos petites habitudes et dehors de notre confort gafamisé.

Je ne sais pas ce que les gens veulent faire, mais je sais quel Web, moi, je préfère parcourir.

edit: précisions.

Illustration

Published: 2025 Dec 19

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