Ma radio, le train du progrès, l’ergonomie, et moi sommes dans un bateau

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Sur mon bureau, à part l’ordinateur (que je garde éteint aussi souvent que possible), ma seule source de distraction est un poste de radio portatif.

C’est un poste tout simple, même pas stéréo et sans aucune fonction avancée. On l’a acheté il y a bien 15 ans de ça dans un Carrefour (il est de la marque Carrefour). Il fait le taff et, surtout, il est simple d’emploi, ce qui le rend très agréable à utiliser.

Enfin, il était agréable à utiliser jusqu’il y a quelques semaines, quand la radio a commencé à grésiller à chaque fois que me prenait l’idée de vouloir régler le volume. Je ne parle pas de la qualité de la réception FM qui n’a jamais été bonne dans notre appartement, je parle de véritables explosions de parasites dès que je posai le bout du doigt sur le bouton.

Donc, après 15 ans sans soucis, sachant en plus que la bande FM est en voie de remplacement par le DAB, je me suis dit qu’il pourrait être temps de changer de radio, d’accepter de vivre avec mon temps, de dire adieux à la bande FM, de franchir d’un bond le gouffre insondable séparant mon monde, celui des technologies obsolètes, pour me retrouver de plain-pied dans le monde merveilleux de la technologie connectée. Il était temps pour moi d’acheter une radio Internet ou, peut-être, une radio DAB?

Restait à décider laquelle.

Sachant que je me fiche de la haute-fidélité sur la radio mais que je cherche une petite radio qui ne prenne pas de place sur mon bureau; une radio qui dispose d’assez de presets pour me donner un accès rapide à la poignée de stations entre lesquelles j’aime régulièrement changer. Une radio que je puisse manipuler distraitement, aussi.

Distraitement, comment ça ?

Comme ça : disons que je suis occupé à écrire ou peut-être à lire et que ce qui passe à al radio ne me convienne pas, je tends alors distraitement la main vers la radio, sans cesser de lire ou d’écrire, et… c’est tout la magie des habitudes… mon doigt sait déjà sur quel bouton appuyer sans que j’aie besoin ni de regarder ni d’interrompre ce que je fais. Changer de station ou ajuster le volume n’exige aucun effort d’attention de ma part. C’est quelque chose que je peux faire distraitement, comme de me curer le nez du bout du doigt—pas que je fasse jamais ça.

Bref, je cherche une petite radio simple et pas prise de tête, avec des boutons dédiés pour changer de station et régler le volume. Un truc simple.

Il se fait que parmi les radios du futur on a le choix entre deux genres très différents de radio. Un premier accroc dans la simplicité, donc :

J’ai déjà un tout petit ordinateur qui est installé à résidence sur mon bureau. Je me suis donc dit que de le transformer un radio Internet serait la solution la plus simple. Plus besoin d’un poste de radio dédié, c-à-d un gain de place, d’argent et en prime une réduction des déchets électro-ménager que je crée. Par contre, l’idée de laisser allumé mon ordinateur juste pour écouter la radio ne m’enchantait pas. Mais ça valait toujours le coup d’essayer.

Sur Linux, c’est très simple. On installe un petit programme comme celui-ci qui se loge dans la barre des tâches de Linux Mint, et c’est tout. On a notre radio Internet, y a plus qu’à trouver les stations qu’on apprécie écouter. Carrément génial.

Là où c’est devenu un peu moins génial, c’est quand j’ai commencé à l’utiliser. Non pas que le programme soit mal fait, il est très bien mais il ne peut tout simplement pas coller à mon usage distrait.

Un peu de contexte pour mieux comprendre ce qui m’emmerde : quand je n’éteins pas complètement l’ordinateur, j’ai l’habitude d’éteindre au moins son écran (histoire de moins gaspiller d’électricité). Donc, en supposant que l’ordinateur est déjà allumé et son écran éteint, chaque fois que je veux allumer ou éteindre la radio, changer de station, ou régler le volume, je dois :

  1. Allumer l’écran,
  2. Attendre qu’il s’affiche. Ce n’est pas si long, mais ce n’est pas immédiat non plus.
  3. Taper mon mot de passe au clavier… qui n’est pas devant moi, vu que je travaille sur des feuilles de papier, ou que je lis un bouquin, pour débloquer l’accès au bureau de l’ordi.
  4. (Si j’écoutais déjà une station et souhaite en changer : je dois cliquer sur l’icône de volume, puis
  5. cliquer sur le bouton d’arrêt de lecture, et ensuite)
  6. Faire un clic droit sur l’icône de radio,
  7. Faire un clic sur le menu « mes radios »,
  8. Trouver la bonne radio dans la liste
  9. cliquer dessus,
  10. éteindre à nouveau l’écran.
  11. Recommencer ce que je faisais, longtemps après en avoir perdu le fil.

Et ce n’est pas le pire. Le pire, c’est que toutes ces actions je dois les faire à la souris, c-à-dire en ayant les yeux rivés sur l’écran. Encore moins possible de le faire distraitement, donc.

Pour comparer, voici la même procédure en utilisant ma vieille radio FM :

  1. Tendre la main vers la radio
  2. Toucher le bon bouton, que ce soit pour celui pour changer le volume ou un de ceux pour choisir entre mes stations préférées, ou encore celui pour allumer et pour éteindre la radio.

C’est tout. Et ces boutons sont chacun directement accessible et facilement identifiable, sans jamais devoir arrêter ce que je fais pour regarder l’appareil.

Première conclusion que je tire de cette brève expérience : oui, la bande FM devient obsolète mais question efficacité ce vieux poste de radio a encore des leçons à donner aux merveilles high-tech qui s’étalent à sa place dans les rayonnages des magasins.

Seconde conclusion, moins agacée que la première je l’avoue, une « radio Internet » sur l’ordinateur ce n’est tout simplement pas pour moi. Ce n’est pas grave.

Je me suis donc tourné vers les postes de radio Internet dédiés, qui allaient bien évidemment m’offrir la même simplicité distraite que ma vieillerie FM avec en prime tout le confort et la magie de l’Internet : nombre de station illimitée, plus de parasites et un son digital qui, admettons-le, est indispensable pour pouvoir apprécier les conversations de piliers de bar de nos animateurs favoris.

Ce qui suit ’est très subjectif, et ne prétend être rien de plus que ça, mais ça résume aussi parfaitement mon expérience avec les radios Internet que j’ai testées.

J’ai d’abord été surpris par la quantité de fonctionnalités ajoutées par-dessus la fonction de radio elle-même. Réveil, haut-parleur BT pour y connecter son téléphone, application pour écouter Spotify ou Deezer en streaming, module de météo, reconnaissance de la voix et IA (non, merci), chargeur sans contact (pour le téléphone, encore), un grand écran couleur… un écran, pour une radio ?! c-à-d pour un appareil qui est censé diffuser du son, voix ou musique ?

En soi, la présence de ces fonctions ne me gêne pas car je peux facilement les ignorer. Le souci c’est que :

  1. ça fait grimper le prix. Or, je n’ai aucun désir de payer pour des fonctionnalités dont je n’ai pas l’usage.
  2. ça prend la place de fonctionnalités dont j’ai l’usage. Ainsi, au lieu de simplement pouvoir allumer sa radio Internet, l’utilisateur doit d’abord allumer l’ordinateur qui se cache sous l’apparence d’une radio, attendre qu’il démarre (pas si long, mais pas immédiat), il doit ensuite choisir le module ‘radio’ et encore après ça démarrer la bonne station. Parfois aussi, il devra re-régler le son qui s’était remis au niveau par défaut. Quand j’allume ma vieille radio FM, elle se met en route immédiatement et démarre sur la dernière station sélectionnée, au volume où je l’avais réglée la dernière fois.

Je n’ai besoin que de ça. Une radio. Je ne suis pas contre qu’elle soit Internet et high-tech mais je ne veux pas qu’elle m’emmerde à coups d’options et de features dont je n’ai pas l’usage.

L’autre (mauvaise) surprise ça été l’ergonomie de la plupart de ces radios. Ou plutôt, son absence.

Un poste de radio Internet, c’est un ordinateur simplifié. Et comme avec tout ordinateur, beaucoup de choses se font via des menus. Hélas, l’accès à ces menus, via une molette ou des boutons à presser, est encore plus casse-co…ncombre qu’à faire avec une souris/un clavier. C’est lent, c’est pas pratique. Surtout, ça ne peut pas s’utiliser distraitement… vu qu’il faut en permanence lire le (petit) écran.

Enfin, il y a ce choix surprenant des fabricants de ne pas offrir assez de boutons pour mémoriser nos stations favorites, comme si une radio ne servait pas d’abord à écouter une sélection de stations que l’on apprécie plus que les autres… surtout quand ces autres consistent en une liste à péniblement devoir scroller de plusieurs centaines, si pas des milliers.

Les modèles que j’ai pu tester offrent un nombre très réduit de raccourcis accessibles via un bouton dédié. Souvent 2 ou 3, ou aucun, parfois 4 ou 5 quand on a beaucoup de chance. Pourtant, presque toutes ces radios annoncent des dizaines ou plus de raccourcis qui sont… cachés derrière des menus et des sous-menus et qui seront toujours beaucoup plus lent à utiliser qu’un bouton dédié. Et qu’on ne peut jamais utiliser distraitement.

Quand je veux changer de station sur ma radio FM, je tends la main vers le poste. Mon doigt sait déjà que pour écouter la radio classique, c’est le bouton au centre du pavé. Que le bouton en dessous, c’est pour écouter l’autre radio classique. Le bouton en haut à gauche, c’est pour les discussions de comp… culturelles. Que le bouton en haut à droite, c’est pour RFI. Et pour changer le volume ? C’est sur le côté gauche du poste. C’est devenu un réflexe, une habitude.

Je suis d’accord de changer mes habitudes en changeant de poste de radio. Mais il faut au moins me donner les moyens de les changer. Il faut des boutons à presser, pour apprendre à presser des boutons.

À propos des boutons et de leur absence, comment une personne mal voyante ferait pour utiliser une radio Internet toute moderne et high-tech avec uniquement des menus (sans même parler de la taille souvent trop petite du texte de ces menus) ?

Conclusion ? Il est possible que je n’ai pas testé les bons modèles de radio, mais j’en doute. Une rapide recherche m’informe que de nombreuses marques se contentent en réalité de proposer le même « chipset » de radio avec son logiciel (et ses menus) relativement similaires, le tout emballé dans une coque au design différent. Certaines marques proposent leur propre modèle, mais je n’ai pas un budget illimité pour les tester et je n’ai jamais réussi à en trouver ne vente autour de chez moi.

Bon, ce n’est pas grave, je dois juste en conclure que les radio Internet elles non plus ne sont pas faites pour moi.

Il me reste à considérer les radio Dab, fin de l’histoire.

Le positif de la DAB c’est que moins cher et, souvent, pas trop surchargé de fonctionnalités. Là, où je suis rapidement tombé des nues c’est l’ergonomie ou, plus exactement, son absence.

Beaucoup d’efforts qui ont été faits dans la conception de certains modèles, c’est évident. Il sont beaux, que l’on préfère le look retro ou très moderne et high-tech. Mais le look de la radio est aussi important à son usage quotidien qu’une paire de baskets est utile à une huître. Je veux dire, j’aime une radio pas moche mais je ne passe pas mon temps à la contempler. Je l’utilise… Distraitement.

La encore, le manque de boutons dédiés était l’obstacle le plus fréquent à mon switch, même sur des appareils pourtant intéressants. Dans le meilleurs des cas j’en avais 1 ou 2 et, quand il y en avait un 3e il servait en réalité à ouvrir le menu des raccourcis vers plus de favoris. Bof.

Pour comparaison, ma vieille radio FM m’offre 10 raccourcis directs. J’en utilise pas tant mais j’en ai besoin de sensiblement plus que 2 aussi.

Conclusion ? La radio Dab non plus ne sera pas pour moi. C’est malheureux de vouloir donner sa chance à une technologie qui semble persister à te dire ‘tu peux toujours rêver, vieux’.

Frustré par cet échec d’aborder le futur avec ses nouvelles technologies, j’ai soudainement réalisé que j’avais oublié le plus important, le présent de la radio avec ma vieille radio qui avait commencé à moins bien fonctionner mais qui m’avait si bien servi toutes ces années.

Et si je tentais de la réparer ?

Après tout si la FM est condamnée à disparaître, elle est encore là jusque au moins 2033. Avec un peu de chance, assez de temps pour que les concepteurs de radios modernes commencent à utilsier leurs appareils et réalisent ce qui leur manque ?

J’ai donc sorti mon tournevis et retiré les 4 petites vis cruciformes qui fermaient la radio. Je ne l’ai pas complètement démontée (un petit fil reliait la façade au bloc arrière que j’aurais dû couper, et je n’avais aucune envie de le ressouder par après). Mais, même juste entre-ouverte, ça m’a suffi pour inspecter l’intérieur et réaliser que le bouton de volume était étrangement encrassé de petites peluches. Quinze années de petites peluches. Un coup de soufflette plus tard, les peluches avaient été délogées, la radio était refermée et les vis revissées. Et le bouton de volume marchait à nouveau comme il l’avait toujours fait.

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Bon retour sur le bureau, à ma chère vieille radio FM.


Pour info, si vous avez des attentes comparables aux miennes, sachez que parmi les radios que j’aimerais pouvoir tester il y a les marques Sangean (modèles : DPR-76BT, DPR-69+, DPR-25+, WFR-28BT) et Albrecht (modèles : DR 70, DR86, DR 865 Seniorenradio (radio pour les vieux, littéralement, ok pourquoi pas s’il faut être vieux pour avoir droit à une ergonomie digne de ce nom et, en prime, celle-là offre 6 raccourcis). Ou encore chez Technisat (modèle : VIOLA 3, avec 4 raccourcis. Je n’ai pas pu les trouver, donc je ne peux pas en parler.

Published: 2025 Aug 03

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